#PayeTaPlainte : 500 femmes racontent leur accueil en gendarmerie ou commissariat

L’histoire de l’enquête inédite réalisée par Le Groupe F et Paye Ta Police. Et les résultats.


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Au moment où les témoignages de violences se sont multipliés sur les réseaux sociaux autour de #MeToo, des voix se sont élevées pour expliquer que « la justice ne se rend pas sur les réseaux sociaux », « il faut aller porter plainte ». Problème, de nombreuses femmes ont témoigné à cette époque qu’aller porter plainte, ce n’était pas si facile que ça.

Les pouvoirs publics disent pourtant que les forces de l’ordre sont formées à accueillir les femmes victimes de violences. Que les mauvaise prises en charge sont des cas isolés. On a donc décidé de vérifier.

Début mars, le Groupe F et Paye ta Police ont lancé un appel à témoignages, garantissant l’anonymat des participant.e.s. La personne, victime ou témoin, indiquait le lieu et la date. En quelques lignes, elle résumait la façon dont les forces de l’ordre l’avaient accueillie.

10 jours après, plus de 500 témoignages avaient été envoyés. Nous les avons relus, synthétisés, placés sur une carte et, pour chacun, avons indiqué quels étaient les problèmes rencontrés.

Voici les résultats.

Les éléments présentés ci-dessous ne prétendent pas être issus d’une étude scientifique. Ils sont le reflet des 500 témoignages reçus, en 10 jours, par Le Groupe F et Paye Ta Police.

Les témoignages concernent la quasi-totalité des départements. La carte de France des lieux concernés parle d’elle-même.

Paris et l’Île-de-France sont particulièrement représentées dans les témoignages reçus.

Dans 91% des cas, les témoignages reçus racontent une mauvaise prise en charge. Parfois catastrophique.

Les témoignages sont récents : 40% d’entre eux ont moins de deux ans. 70% d’entre eux ont moins de 5 ans. 28 témoignages concernent l’année 2018.

Parmi les éléments rapportés, le problème le plus fréquent est le refus de prendre la plainte. Pourtant, une circulaire de 2001 l’interdit.

Dans 60% des témoignages, les femmes racontent pourtant avoir essuyé un refus ou avoir du insister – parfois beaucoup – pour pouvoir porter plainte.

Après le refus de prendre la plainte, vient la banalisation des violences : les forces de l’ordre, dans plus de la moitié des cas, ont remis en cause la gravité des faits. Avec parfois une déqualification des faits : un viol devient une agression, une agression du harcèlement.

Cette minimisation des faits est particulièrement marquée pour les violences conjugales. « Histoires de couples », « dispute », « problèmes conjugaux ». Les termes pour décrire les violences conjugales sont rarement les bons.

Après le refus de plainte et la banalisation des violences, vient la culpabilisation de la victime. Dans 40% des témoignages, les femmes racontent qu’elles ont été mises en cause. Tenue vestimentaire, comportement, consommation d’alcool, tout y passe.

Cette culpabilisation se retrouve dans plusieurs témoignages de violences sur mineures. Le comportement de la victime, âgée de 13, 14 ou 15 ans semble systématiquement interrogé, critiqué, jugé.

C’est ici qu’on rappelle cette phrase qui devrait être affichée partout : « Une femme n’est jamais responsable des violences qu’elle subit. Jamais ».

Dans les témoignages, on retrouve aussi souvent (près d’un témoignage sur 5) la solidarité des forces de l’ordre avec l’agresseur. Comme dans le film de Raymond Depardon de 1983. Mais, ici, en 2016.

Les moqueries, les propos sexistes reviennent dans 18% des témoignages. On retrouve aussi parfois des affiches à caractère pornographique dans le bureau où la plainte pour violences sexuelles est enregistrée.

Plusieurs témoignages rapportent des propos homophobes, transphobes ou des propos racistes.

Ces 500 témoignages, récoltés en 10 jours, viennent conforter plusieurs enquêtes menées par des journalistes sur cette thématique. C’est le cas de cet article de Sophie Boutboul, paru dans Le Monde en 2017.

Les pouvoirs publics appliquent la politique de l’autruche et refusent de regarder la réalité en face : nous avons un problème avec la façon dont les femmes victimes sont accueillies en commissariats et gendarmeries. Cet accueil changera par une mobilisation de l’ensemble de la chaine de commandement des policiers et des gendarmes. Il changera aussi lorsque la justice se mettra à traiter correctement les plaintes.

En effet, pour faire son travail correctement, il faut avoir le sentiment qu’il est utile. Or, quand un policier ou une gendarme sait que dans l’immense majorité des cas, la plainte pour violences sexuelles qu’il ou elle prend sera classée sans suite, ça démotive. Normal.

Nous n’allons pas attendre les bras croisés que les choses bougent.

Le Groupe F a décidé d’agir. Nous allons faire changer les mentalités, coûte que coûte. Nous irons dans chaque commissariat, chaque gendarmerie et proposerons des outils pour aider à changer les pratiques.


Pour que cette enquête fasse bouger les choses, elle a besoin d’être diffusée le plus largement possible !

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