Non, les viols collectifs ne sont pas des « abus sexuels »

En Espagne, la requalification d’un viol collectif en « atteinte sexuelle » a déclenché une mobilisation massive. Et en France, où en est-on ?

Par Corinne Guyonnet, féministe, Le Groupe F 70.


Les viols collectifs prémédités, filmés, et diffusés d’une jeune femme de 18 ans lors des fêtes de Pampelune ont été déqualifiés en « abus sexuel » par la justice espagnole. La raison ? La victime ne se serait pas débattue.

Cette déqualification a suscité une mobilisation impressionnante des espagnol.es. Des millions de femmes et d’hommes sont descendu.e.s dans les rues pour exprimer leur colère.

La maire de Barcelone, Ada Colau et la Police nationale espagnole ont aussi pris la parole suite à cette décision de justice incompréhensible.

La déqualification des crimes en délit, des viols en agressions sexuelles ou atteintes sexuelles, n’est pas uniquement un problème espagnol.

En France, le récent procès de Pontoise, dans lequel une cour d’assise avait considéré qu’une enfant de 11 ans, puisqu’elle ne s’était pas débattue lors d’un viol par un homme de 28 ans, était consentante, avait soulevé une indignation importante. Une pétition, lancée par Madeline Da Silva, avait recueilli près de 500 000 signatures pour éviter ce type de jugements.

Plus largement, en France, une majorité des plaintes pour viols ou agressions sexuelles sont classées sans suite. Les plaintes pour viols qui sont prises en compte sont dans 60 à 80 % des cas requalifiées en agressions sexuelles. Cela signifie qu’elles sont « correctionnalisées » : elles sont jugées au tribunal correctionnel, comme un délit, et non aux assises, comme un crime. Lorsqu’il y a procès, après tout un parcours de la combattante pour les victimes, peu d’agresseurs sont condamnés. Au total, on estime que 1% à 2% des agresseurs sont condamnés.

La justice reproduit, de fait, la façon dont notre société considère les violences sexistes et sexuelles : elle minimise les faits, elle maltraite les victimes. Cette justice dysfonctionnelle sur la question des violences participe à ce qu’on appelle la « culture du viol » (voir l'interview de Noémie Renard sur ce sujet). Le message symbolique envoyé aux violeurs, agresseurs ou harceleurs est clair : « continuez, ce n’est pas si grave, de toutes façons, vous ne risquez pas grand chose ». L’impunité.

Ces affaires classées sans suite laissent les victimes abandonnées, disqualifiées et dans des souffrances post-traumatiques indicibles.

Un viol doit être reconnu comme un crime et jugé comme tel. La future loi de Marlène Schiappa ne va pas arranger les choses. Comme l’explique cette tribune de professionnel.le.s de la protection de l'enfance, l’article 2 du projet de loi facilitera à l’avenir la requalification des viols de mineur.e.s en délit. On avance qu’ils disaient…


Pour aller plus loin :

- « Quand le viol n’est plus un crime», enquête de Sophie Boutboul, pour Le Monde Diplomatique.

- Participez à l'opération nationale contre les violences sexuelles organisée par le Groupe F, le 2 juin prochain !