En finir avec le mythe de l’agresseur inconnu

Lorsque, parfois, on essaye d’imaginer à quoi ressemble un « agresseur sexuel type » (il n’existe pas), on pense à quelqu’un d’inconnu, d’étranger, armé. Vous savez-quoi ? Pour l’immense majorité des cas, c’est tout le contraire.

Des idées reçues…

Lorsque l’on pense aux violences sexuelles que subissent les femmes, on pense rarement à l’agresseur. Nous avons du mal à nous le représenter. Ce dernier est même parfois représenté sous la forme d’animaux sauvages (comme cela a été le cas pour la campagne de prévention du harcèlement dans les transports en Île-de-France).
Souvent, une agression sexuelle ou un viol sera reconnue comme réelle si elle répond à un certain nombre d’idées reçues : l’agresseur ou le violeur est un homme inconnu, étranger et / ou racisé, de classe populaire, qui agit sous le coup d’une pulsion incompressible, agissant dans un parking sombre et muni d’une arme1.

…et la réalité.

Pourtant, les études de victimisation2 le montrent : dans plus de 70% des cas d’agressions, l’agresseur était un proche de la victime3 (90% des cas pour des victimes mineures4).

Le premier lieu des violences contre les femmes et les enfants est la famille : 

  • 45% des agresseurs sont le conjoint ou ex-conjoint
  • Plus d’une victime mineure sur deux a été agressée par un membre de sa famille
Seuls 11 % des viols sont commis sous la menace d’une arme. L’emprise des agresseurs et la sidération des victimes font que peu de victimes se débattent.
Peu d’agresseurs ont des problèmes psychologiques ou un taux de testostérone élevé.
De plus, certaines études menées aux États-Unis montrent qu’entre 25 % et 43 % des hommes disent avoir commis au moins une fois dans leur vie une agression sexuelle ou un viol5.
L’agresseur peut être un collègue, un ami d’enfance, un professeur, un médecin, un voisin, un oncle, un frère.
Les agresseurs peuvent de plus avoir une position dominante sur les victimes : supérieurs hiérarchiques, homme ayant une emprise psychologique sur la victime, figures de références, homme charismatique…6
Et rappelons-le : les violences touchent tous les milieux sociaux et tous les groupes sociaux7.

Conséquences de ces idées reçues

Une première conséquence est la difficile reconnaissance sociale des femmes et enfants victimes d’agressions sexuelles et l’inversion de la culpabilité : ce serait aux femmes et enfants de se protéger contre la « nature » agressive des hommes.
Ces idées reçues participent aussi à développer l’impunité sociale des agresseurs : l’agresseur est ramené à un animal, à un « Autre ».8
Cette impunité est d’autant plus forte que l’agresseur a du pouvoir socialement9.
Les agresseurs agressent car ils le peuvent : impunité et acceptation sociale des violences sexuelles, utilisation de stratégies spécifiques, rapport(s) de pouvoir sur leurs victimes.
Pour lutter contre les violences sexuelles, il nous faut lutter, entre autre, contre les idées reçues sur les violences sexuelles, mener une éducation à l’égalité et au respect des un-e-s et des autres, mettre fin à l’impunité des agresseurs et travailler en amont sur le rapport à la violence et sur les rapports de domination qui existent au sein de notre société.

Sources

1. Mythes sur les viols, par Noémie Renard.
2. Une étude de victimisation est une enquête statistique sur des violences subies via des questions posées à un groupe représentatif de la population. La dernière enquête de victimisation sur les violences sexuelles est l’enquête VIRAGE. L’autre grande enquête de victimisation sur les violences sexuelles est l’ENVEFF (plus ancienne).
8. Interview de Christine Delphy sur la construction des « Autres ».
9. Un petit exemple en BD d’impunité d’hommes célèbres.

Pour aller plus loin :

- Interview minute de Noémie Renard : « En finir avec la culture du viol »

- « Comment éviter le harcèlement ?», un visuel du Groupe F à partager !